À quelques jours du lancement de la seconde édition de la consultation Inventons la Métropole du Grand Paris, il m’a paru important de revenir sur la dimension territoriale des projets de la première édition. Comment interpréter les choix d’implantation des sites lauréats ? Peut-on dégager des logiques territoriales à l’échelle métropolitaine ?

Des logiques d’aménagement confortées

L’étude de l’implantation des sites retenus pour cette première édition de la consultation montre que celle-ci vient conforter les grandes stratégies d’aménagement déployées en Île-de-France.

Je pense notamment à ces dispositifs, porteurs des ambitions de l’État en matière d’aménagement territorial, que sont les contrats et les opérations d’intérêt national (CIN et OIN). De nombreux projets lauréats sont implantés sur des territoires, au nord et au sud de Paris, qui bénéficient déjà de CIN existants. En ce sens, l’appel à projets vient prolonger et renforcer un ancrage dans des logiques d’aménagement relevant d’un temps long, en jouant le rôle d’un accélérateur grâce au recours à l’innovation.

Autre constat, celui de la proximité des sites d’Inventons la Métropole du Grand Paris avec les futures gares du Grand Paris Express. Pas moins de 22 sites sont concernés – ce qui permet de dégager une autre logique d’aménagement territorial à l’échelle francilienne. Ces sites totalisent la moitié des surfaces mises en consultation et représentent 4,5 milliards d’euros d’investissement. À Saint-Denis Pleyel par exemple, futur hub ferroviaire du Grand Paris Express, le projet « Les Lumières Pleyel » promet de transformer en profondeur le quartier grâce à des espaces dédiés à la culture et à la création. À Antonypôle, sur la ligne 18, le programme prévoit le déploiement d’un campus dédié à l’innovation avec des bureaux, un incubateur, un fablab… Le Grand Paris Express apparaît ainsi comme un axe structurant de la Métropole.

Rééquilibrage territorial et attractivité

Que révèle une analyse plus poussée de la localisation et la programmation de ces sites ? City Linked a décrypté les programmes mis en œuvre sur les territoires de Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne et des Hauts-de-Seine.

Dans le 93, on observe une importante concentration de projets de taille conséquente et porteurs d’une forte ambition. Je pense notamment au projet Babcock à La Courneuve, qui prévoit, sur une surface de 3,8 hectares, la reconversion progressive d’un ancien îlot industriel en quartier dédié au patrimoine, à la création et la culture en impliquant la population pour une fabrication cultuelle partagée. À Saint-Denis, Pantin, Bobigny, Noisy-Le-Sec… une multitude de projets à la programmation variée ont été retenus, dont on suppose qu’ils contribueront à renforcer une attractivité émergente sur tout le territoire. Deux autres projets ont également retenu notre attention pour leur ambition et leur localisation plus excentrée sur le territoire métropolitain. La base de loisirs urbains de plein air sur les terrains Montceleux à Sevran d’une part, qui propose un modèle programmatique innovant basé sur la promotion des sports nautiques sur un terrain de 35 hectares ; le projet du Triangle de Gonesse d’autre part, qui prévoit, sur un site de 15 hectares longeant le boulevard central de la commune, la création d’un démonstrateur de ville innovant répondant aux nouveaux usages de travail et d’organisation, mais aussi aux nouvelles pratiques agricoles.

Sur le territoire du 94, on retrouve une logique un peu similaire. Deux grands projets aux confins du département contribuent à rééquilibrer l’attractivité métropolitaine en la tirant vers le grand-est jusqu’à ses limites. Marne-Europe fait ainsi partie des plus gros sites de l’appel à projets : sur 14 terrains d’une superficie totale de 12 hectares sont prévus 115 000 mètres carrés de construction, dont un tiers en bois. Le futur quartier mixte accueillera des recherches sur la ville durable et proposera des services innovants à ses usagers. Quant au projet Pont de Rungis Thiais-Orly à Thiais, il aboutira à la création d’un quartier de 22 hectares mettant en œuvre les usages innovants de la ville de demain, tout en promouvant une agriculture urbaine et numérique. Entre ces deux pôles, on trouve sur le département une forte concentration de projets qui confortent sa double vocation, la santé et l’éducation, avec plusieurs projets de campus spécialisés.

Sur le versant ouest de la métropole en revanche, dans les Hauts-de-Seine, on ne trouve pas de projets de grande taille, à l’exception notable d’Antonypôle. Sur cette partie du territoire métropolitain, la consultation a surtout permis de revaloriser des sites de plus petite taille au sein des communes, en mettant l’accent sur la proximité et jouant la carte de l’innovation, via la mise en œuvre d’expérimentations de type habitat participatif.

D’autres enjeux sous-tendent donc le choix des sites retenus à l’issue de cette première édition d’Inventons la Métropole du Grand Paris. D’une part, une volonté de rééquilibrage territorial, avec le développement de projets très porteurs au nord-est et au sud-est de Paris. D’autre part, l’ambition de contribuer à l’attractivité de la métropole, en allant conquérir des territoires plus lointains, dont la requalification va permettre de construire et faire vivre à plein l’identité métropolitaine.

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Il est intéressant de se pencher pour finir sur l’implantation des sites candidats pour la seconde édition d’Inventons la Métropole du Grand Paris. Les sites lauréats à l’issue de la première édition forment en effet un croissant s’étalant du nord-est au sud-est de Paris sur les territoires de la première couronne. On repère, comme nous l’avons vu, quelques projets essaimés aux confins de la métropole. La localisation des sites de la seconde édition montre qu’une logique de diffusion est en cours, avec l’apparition de nombreux projets dans un rayon beaucoup plus large. La vague de projets portée par cette consultation contribuera donc, sans aucun doute, à la construction et au renforcement de l’attractivité du territoire métropolitain.

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