Dans le cadre de notre ouvrage « Paroles à l’APUI », sur les Appels à Projets Urbains Innovants, nous avons interviewé organisateurs et répondants de ces consultations « pas comme les autres », pour collecter leurs retours d’expériences et dresser le bilan, 7 ans après le lancement de Réinventer Paris 1.

Mathieu Delorme, paysagiste urbaniste associé de l’Atelier Georges, a accompagné la Communauté de Communes de Nozay en tant qu’AMO (Assistant à Maitrise d’Ouvrage) dans l’organisation du Premier Réinventer Rural. Il revient pour nous sur cette démarche inédite.

Mathieu Delorme – paysagiste urbaniste associé de l’Atelier Georges et maître de conférences à l’Ecole d’architecture de la ville et des territoires Paris-Est / Université Gustave Eiffel

Pouvez-vous nous rappeler le contexte du lancement de Réinventer Rural ?

« En 2016, la communauté de communes de Nozay a été retenue pour participer au programme de l’Atelier des territoires : “Mieux vivre ensemble dans le périurbain”. Ces ateliers ont permis d’initier une réflexion sur son développement urbain, et définir un projet de territoire. Pour le mettre en œuvre, les communes ont alors décidé de créer un Appel à Projets Rural Innovant (APRI). Cet appel à projets reprend le modèle de l’Appel à Projets Urbains Innovants (APUI) et l’adapte à l’échelle d’une communauté de communes où la plus grande ville est composée de 4 200 habitants (Nozay) et la plus petite de 900 habitants (Treffieux). »

Avez-vous capitalisé sur les APUI existants ? Si oui, qu’est-ce que cela vous a apporté ?

« Nous avions participé à beaucoup d’APUI en tant qu’architectes, paysagistes et urbanistes, nous nous en sommes inspirés pour accompagner la collectivité en tant qu’AMO sur le Premier Réinventer Rural. Nos préconisations dans les grandes lignes étaient les suivantes :

  • Une forte sélectivité dans le choix des fonciers par la communauté de communes pour qu’ils aient un propos/un sens à l’échelle du territoire. Par exemple, quand nous proposions un site en extension urbaine, nous avons essayé systématiquement d’y associer un bâtiment abandonné à rénover et réinvestir, dans une logique ZAN.
  • Une maîtrise foncière des parcelles par la collectivité.
  • Un affichage des prix attendus par site
  • Une anticipation du financement de l’innovation avec la création d’une enveloppe financière dédiée à l’innovation, en sollicitant les partenaires institutionnels (Etat, région, département…) et aussi en prévoyant une décote des fonciers.
  • L’organisation de trois ateliers (programmation, forme urbaine et innovation, modèle économique) de mise au point des projets réunissant le lauréat, le conseil municipal et les services de l’Etat.
  • L’indemnisation des finalistes non retenus »

La programmation proposée dans les projets est-elle cohérente avec le territoire ?

« Le concept de carte blanche programmatique laissée aux répondants était peu évident au début pour les élus qui craignaient les hors sujets. Le Premier Réinventer Rural a été l’occasion de mener un véritable travail de pédagogie pour les accompagner dans la démarche. L’appel à projets a surtout mobilisé des acteurs locaux, qui avaient une bonne connaissance du territoire, sans faire venir des « outsiders » de Paris. Pour affiner les projets afin qu’ils répondent au mieux aux besoins locaux, nous avions prévu dès le début d’organiser différents ateliers avec les lauréats et la collectivité. Ces ateliers ont bien fonctionné et ont permis aux élus de s’approprier les projets. »

« Ouvrir le village et offrir la nature à tous les ménages » Vue de la première « résidence KÔYÔ », Abbaretz (44). Projet en cours d’évolution. ©CARTOUCHE

Quelles ont été les innovations intégrées aux différents projets ?

« Nous demandions de développer dans chaque projet des innovations de processus et d’usage. Par exemple, à Abbaretz, les innovations d’usage de la résidence intergénérationnelle KÔYÔ sont la création d’une cuisine et d’une salle communes. Ces espaces mutualisés ont pour but de favoriser l’entraide et les rencontres entre les résidents et les habitants du territoire. Un appartement à réserver est aussi disponible pour les familles résidentes au premier étage du bâtiment.

A Vay, tout un travail a été mené sur la mobilité. Le projet d’éco-hameau propose de regrouper les stationnements à l’entrée du hameau, plutôt que de les coller aux habitations, de mutualiser des jardins et de développer des liaisons douces paysagères. Dans le processus, il est prévu de solliciter des constructeurs locaux aux savoir-faire écologiques et responsables.

Enfin, à Treffieux, l’innovation de processus se traduit par l’usage du ré-emploi de matériaux avec le Syndicat Mixte Nord Atlantique mais également le mixe énergétique de la réhabilitation de l’ancienne poste. »

Cet appel à projets a-t-il été fructueux ?

« A l’exception d’un site, tous les autres ont reçu des réponses, y compris certain assez complexes. Par exemple, pour le garage Toulou à Nozay, alors que nous imaginions peu de candidats, nous avons obtenu six propositions. Chaque site a reçu en moyenne trois réponses. Finalement, il y a seulement deux sites sur lesquels aucun candidat n’a été retenu, faute de projets assez ambitieux. Un nouvel Appel à Projet Rural Innovant a été relancé avec succès en octobre 2020 sur les trois sites infructueux : tous les sites de l’appel projet sont maintenant en développement.

Les projets lauréats se précisent : un permis d’aménager et un permis de construire ont été déposés. Mais tous n’avancent à la même vitesse, certains montages – par exemple, quand ils intègrent des acteurs associatifs ou nécessitent des levées de fonds – sont plus complexes et prennent plus de temps. »

***

Retrouvez de nombreux témoignages d’acteurs d’APUI et leurs enseignements dans notre ouvrage « Paroles à l’APUI » à paraitre prochainement, réalisé en partenariat avec le Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA), la Fédération des Promoteurs Immobiliers d’Ile-de-France, et avec la participation de l’Ecole Urbaine de Science Po Paris.

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