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Jeudi 3 septembre dernier, Jean Castex traçait les contours du Plan intitulé « France Relance », dont les 100 milliards d’euros prévus ont vocation à faire retrouver au pays son niveau de croissance de 2019. Les 70 mesures du Plan vont du secteur de la construction à la mobilité, en passant par l’emploi ou la transition énergétique. Sans prétendre à l’exhaustivité, nous vous proposons de revenir sur certaines mesures phares, lesquelles concernent directement l’aménagement des territoires, en permettant à ces derniers de jouer un rôle dans la reconstruction « post crise sanitaire ».  

Du côté du foncier, une relance fondée sur la sobriété ?

En s’inscrivant dans les préceptes du renouvellement urbain prôné depuis plusieurs décennies et pour apaiser les craintes exprimées par les acteurs de l’aménagement et de la construction, le Plan de relance entend stimuler la construction neuve, dans une stratégie affirmée de « ville sur la ville ». Pour ce faire, un « Fonds de recyclage des friches » visant à restaurer 120 000m² SDP est prévu, fort d’un financement à hauteur de 300 millions d’euros. Passant d’abord par un recensement des disponibilités foncières réalisé par l’Etat en lien avec le CEREMA, cette stratégie d’intervention fait écho au Plan de mobilisation des logements vacants présenté par le Gouvernement il y a plusieurs mois, sur lequel nous revenions dans un article précédent. En vertu de l’objectif de Zéro Artificialisation Nette (ZAN), la ministre déléguée au logement du Ministère de la Transition Ecologique, Emmanuelle Wargon, a également affirmé qu’un soutien serait apporté dans le cadre du Plan de relance aux collectivités œuvrant pour une réelle densification dans les projets de construction. Ce soutien prendra la forme d’une aide forfaitaire modulée en fonction de la tension des marchés immobiliers, et ciblant prioritairement les programmes dont la surface en m² SDP projetée dépasse les seuils fixés par les communes au sein de leurs documents d’urbanisme. 350 millions d’euros sont prévus pour financer ce dispositif.

Du côté du logement, une relance tournée vers la mobilisation de l’existant ?

Pour traiter d’un secteur particulièrement émetteur en matière de dépenses énergétiques, le Gouvernement a mis à l’accent sur la rénovation, avec 4 milliards prévus pour la rénovation énergétique des bâtiments publics, 2 milliards pour accélérer le dispositif « MaPrimeRenov » tourné vers les bâtiments privés, 500 millions d’euros pour les logements sociaux et 200 millions pour la performance énergétique des bâtiments des TPE/PME. La place accordée au logement dans le Plan de relance suscite des réactions globalement positives de la part des acteurs de l’aménagement et de la construction. Pour autant, ceux-ci regrettent que la construction neuve apparaisse en second plan , la Fédération des Promoteurs Immobiliers de France (FPI) s’exprimant ainsi vis-à-vis des premières mesures : « logement neuf, angle mort du plan de relance ». Alors que de grands doutes planent sur les marchés de l’immobilier locaux, qu’adviendra-t-il des nombreux projets de construction entamés avant le confinement, et rudement mis à l’épreuve par l’actualité et la crise économique à venir ?  

Du côté des mobilités, une relance alternative à la voiture individuelle?

Les enjeux autour de la mobilité durable sont au cœur de l’action publique, comme l’ont rappelé les débats des élections municipales. Ils n’en demeurent pas moins cruciaux à l’échelle nationale, faisant écho aux ambitions de la Loi d’Orientation des Mobilités de 2019, visant à respecter l’objectif de neutralité carbone à horizon 2050 issu du Plan Climat de 2017. Le Plan de relance s’inscrit dans cette ligne de route, avec plus de 11 milliards dédiés au secteur du transport, offrant une grande place au ferroviaire (avec le fret et le secteur des trains de nuit), mais surtout à travers les mobilités du quotidien, dont plus d’un milliard d’euros permettra de favoriser l’usage du vélo et la conversion des voitures les plus polluantes. Face à la lettre ouverte de certains acteurs du monde de la mobilité en juillet dernier au premier ministre plaidant pour un sursaut en faveur des mobilités du quotidien, le Plan de relance apparaît ambitieux avec près de 10% des financements tournés vers le secteur des transports. 

Commerces, une relance privilégiant les centralités ?

Si la rénovation des logements est au cœur des ambitions du Gouvernement, le commerce est également concerné. Avec 150 millions prévus pour la rénovation des centres commerciaux, dont l’augmentation de la vacance suscite moins d’intérêt que celle constatée dans de nombreux centres villes, le Plan de relance ambitionne ainsi de limiter l’expansion des surfaces commerciales périphériques. Loin d’oublier les centres villes, l’action à venir en faveur du commerce porte directement sur les centralités, avec notamment la création de « Foncières petits commerces » en lien avec la Banque des Territoires. Cette dernière mesure fait écho au poids des enjeux fonciers dans la revitalisation des centres de villes moyennes, sur lesquels nous revenions dans un article précédent, à travers la multiplication des sociétés foncières.

Les mesures présentées ici ne traitent qu’une infime partie du plan de relance, lequel est aussi bien tourné vers le soutien aux acteurs économiques précaires que la décarbonisation de l’industrie ou la transition agricole. Parce qu’elles mobilisent les territoires et les acteurs de l’aménagement et de la construction, ces mesures influencent fortement la fabrique urbaine, ses enjeux et ses outils. Rappelant la tradition française de l’aménagement marquée par une forte intervention de l’Etat, le Plan de relance passe néanmoins par une gouvernance complexe faisant la part belle à l’échelle locale. Les différentes mesures phares du Plan de relance pour l’aménagement de nos territoires seront suivies de près dans les mois à venir. A très bientôt pour les découvrir ensemble !

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