Reana TAHERALY, Directrice de la Stratégie et Innovation

Créé il y a plus de dix ans autour de convictions écologiques très fortes, REI Habitat fait aujourd’hui référence dans le domaine de la construction bois et biosourcée. Avec Reana Taheraly, Directrice de la Stratégie et Innovation, nous revenons sur l’histoire du groupe, ses engagements, et ce qui en fait, au-delà de l’usage du bois, un acteur à part entière dans la promotion immobilière.

Pour commencer, peux-tu revenir sur l’histoire de REI Habitat ?

REI Habitat a été fondé en 2009 par Paul Jarquin, l’actuel président du groupe, avec cette conviction initiale qu’il était urgent de faire les choses autrement dans le secteur de la construction, de la promotion et de la fabrication de la ville, afin de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre issues du secteur du bâtiment, responsable à lui-seul de 25% de ces émissions dans le monde. Aujourd’hui, tout le monde est plus au fait de ces questions, et les bienfaits du bois matériau biosourcé, renouvelable et qui stocke le carbone n’est plus à démontrer, mais en 2009, c’était loin d’être le cas ! C’est lors de l’exposition Habiter écologique, à la Cité de l’architecture & du patrimoine du Palais de Chaillot, à Paris, que Paul Jarquin découvre les projets pionniers de la construction bois, comme l’opération Diwan, conçue par les architectes GRAAM à Montreuil. C’est ainsi que naît l’idée de créer le premier promoteur écologique. En 2013, REI Habitat et GRAAM livrent le Black Sun à Montreuil, qui rejoint le groupe des pionniers. C’est la première fois à l’époque que l’on inaugure en Ile-de-France un immeuble collectif en bois en R+5. Peu à peu, nous avons collaboré avec d’autres architectes, comme Archi5, Matières d’Espaces, AAA, LAN, Kengo Kuma, pour n’en citer que quelques-uns.  

Le Black Sun, GRAAM architecture, Montreuil – Crédit : Sergio Grazia

Le regard sur le bois a beaucoup évolué depuis 2009, comment vous êtes-vous adaptés à ce changement d’approche ?

Le sujet du bois s’est en effet largement démocratisé. Il faut savoir qu’au début de l’aventure REI Habitat, nous étions obligés de prendre notre bâton de pèlerin pour expliquer les bienfaits du bois ! Pour nous, la prise de conscience écologique de la part de la société civile et d’une part plus large des élus a vraiment décollé dans les années 2015, avec notamment la COP21. La France est très en retard par rapport au Japon ou au nord de l’Europe dans la construction bois, tout particulièrement pour les logements collectifs. Ensuite, lorsqu’il y a eu la vague des Réinventer et plus largement des APUI, tous ces concours ont un peu bousculé le monde de la construction et de la promotion, notamment en mettant à l’honneur un grand nombre d’innovations, et en premier lieu les innovations écologiques. Les matériaux étaient vraiment regardés de près. Il a été décidé de répondre à ces concours-là, car nous tenions à faire partie de ces réflexions.

C’est après avoir été lauréats de nombre de ces concours que nous nous sommes davantage faits connaître sur le plan institutionnel, et quand les maires ont vu nos projets sortir de terre à Montreuil, aux Lilas, ou à Rosny-sous-Bois, nous avons commencé à investir d’autres territoires, sur ceux de l’EPAMARNE ou de la SORGEM par exemple. Peu à peu, nous avons noué des partenariats, et notamment un avec ICADE en 2018, afin d’augmenter le volume de construction bois réalisées. C’est comme ça que nous avons pu aller plus loin encore. Nous avons notamment gagné le projet Boul et Bill sur l’Île de Nantes (Boul s’appelle aujourd’hui Be Green), un projet à Montpellier appelé So Wood. Nous sommes à Trévoux dans la métropole lyonnaise également. Récemment, nous avons perdu le concours de la Porte de Montreuil, mais avons gagné celui pour le lot D du Village Olympique à Saint-Ouen au sein de l’équipe Caisse des Dépôts, Icade et CDC Habitat.

Be Green, ZAC Ile de Nantes – Quartier République, MIR Architectes

Plusieurs promoteurs se positionnent aujourd’hui sur le secteur bois. Avec vos dix ans d’expérience dans le domaine, comment vous démarquez-vous ?

Assez tôt, notre réflexion a dépassé la question de la construction pure pour se dire qu’il était nécessaire de savoir d’où était issu le bois, notamment dans un contexte global de déforestation et de changement climatique. Nous sommes très proches de la filière forêt-bois française, et nous cherchons depuis toujours à faire dialoguer tous les acteurs, de l’amont à l’aval, à nouer des partenariats durables et pérennes, afin de pouvoir construire davantage avec du bois local, qui soit bien sûr issu de forêts gérées durablement. En 2019, avec notre résidence de 21 logements, l’Hester à Rosny-sous-Bois, nous avons développé une méthode de traçabilité du produit, montrant que 100% des matériaux utilisés pour la structure du bâtiment étaient issus de massifs forestiers français. Nous avons donc cherché à faire reconnaître cette démarche, par la certification PEFC et le label Bois de France, que nous avons reçus l’année dernière.

L’Hester, Archi5, Rosny-sous-Bois – Crédit : Sergio Grazia

Au-delà de dire que nous créons des bâtiments sobres, nous voulons vraiment que l’ensemble de notre cycle de production soit vertueux, que ce soit pour l’origine et le transport de matière, mais également en aidant à la structuration de la filière forêt-bois française. Nous sommes persuadés que c’est grâce à nos commandes et l’envoi de signaux forts de la part des maîtres d’ouvrage, via des engagements quantitatifs, que nous pourrons renforcer cette filière. AXA IM Real Assets est très récemment entré au capital de REI Habitat, avec l’objectif de créer environ 90 projets sur les 7 prochaines années partout en France. Caroline Delgado-Rodoz a été nommée Directrice Générale en janvier dernier par Paul Jarquin et AXA IM Real Assets pour mettre en œuvre ce plan de développement national. En calculant globalement le nombre de bois français que nous pourrions mobiliser pour ces 90 projets, cela permettrait de maintenir ou créer jusqu’à 2 400 emplois dans la filière ! En fin de cycle, nous contribuons également au renouvellement de la forêt française, en compensant le volume de bois utilisé. Chaque projet de REI Habitat a une ligne dans son bilan qui finance le reboisement des parcelles, à une échelle régionale.  

« REI Habitat est précurseur sur des enjeux aujourd’hui devenus essentiels pour le plus grand nombre. L’enjeu est dorénavant de convaincre à large échelle, et de démocratiser l’usage des matériaux bois et biosourcés jusqu’au jour où ceux-ci deviendront la norme »

Caroline Delgado-Rodoz, Directrice Générale de REI Habitat

Au-delà du bois en tant que tel, quels sont les autres dispositifs que vous développez pour la qualité environnementale de vos projets ?

Un autre de nos piliers est le réemploi des matériaux. C’est un secteur pour lequel nous devons aussi évangéliser, afin de rappeler que le réemploi ce n’est pas seulement les palettes ou cagettes de travail réutilisées de manière peu qualitative. Nous pouvons faire énormément de qualitatif avec le réemploi des matériaux, et de plus en plus jusqu’au second œuvre. Nous avons une filiale qui s’appelle Remake, dont la raison d’être est de limiter la quantité de déchets dus au BTP et au bâtiment. Dans nos chantiers, nous récupérons, nous stockons, et en fonction de ce que nous récupérons, nous revalorisons ces chutes pour leur donner une seconde vie. Cela se matérialise d’abord par l’habillage des parties communes de nos bâtiments avec des matériaux de réemploi, mais également par les cages d’escaliers par exemple. Du mobilier peut également être réalisé, tel que du mobilier extérieur pour les jardins et les espaces partagés de nos habitations. Cela donne vraiment un cachet particulier au projet et raconte une histoire. Nous intégrons Remake à nos ateliers de co-conception avec les habitants.

Hall d’entrée de l’Hester à Rosny-sous-bois, œuvre suspendue réalisée en matériaux de réemploi par Remake – crédit : Sergio Grazia

En quoi consistent ces ateliers de co-conception ?

La première fois que nous avons mis en place des ateliers participatifs, c’était pour un projet à Montreuil livré en 2017, le projet Le Bourg. Nous avions un très grand jardin de 600 m² que nous avons préservé, au même titre que tous les arbres existants. Nous travaillions alors avec le paysagiste Coloco, et nous avons décidé de faire participer les habitants qui avaient déjà réservé leurs logements à la conception du jardin. Tout un après-midi, des ateliers ont été organisés avec les habitants, Coloco et Remake, avec l’idée de se retrouver et de déterminer les usages pressentis pour cet espace commun. Dans nos projets actuels, nous pouvons soumettre à la co-conception une pièce en plus, un toit terrasse, lequel pourra devenir un atelier, un local vélo, tout ce que pourrons vouloir les futurs habitants, avec comme condition que ce soit possible techniquement et financièrement.

Dans un projet récent, le Black Pearl à Champigny-sur-Marne, juste avant le premier confinement, les habitants ont décidé que 3 bacs potagers allaient être réalisés dans leur jardin, lequel fait 300 m², ainsi qu’une très grande table pour faire des diners tous ensemble. Des chaises et des tabourets de jardin ont aussi été réalisés via le réemploi. Nous nous sommes vus en septembre pour le deuxième atelier, alors que le bâtiment était bien avancé, ce qui a permis aux futurs habitants de se préfigurer dans leur futur logement, et d’organiser un atelier collectif et productif de fabrication du mobilier de jardin. C’était une journée très riche et chaleureuse, malgré les masques et le contexte. Le dernier atelier est organisé au moment de l’inauguration du projet, ou c’est finalement surtout un moment convivial, qui nous permet de sensibiliser aux écogestes, avec des retours de bonnes pratiques d’expériences ultérieures. 

Atelier participatif dans le jardin du Black Pearl à Champigny-sur-Marne avec Remake, Matières d’Espaces – Crédit : Hannah Bond

Quelle qualité apporte le bois à vos logements, et comment parvenez-vous à maîtriser les prix de sortie ?

Nous faisons vraiment en sorte que les logements soient les plus qualitatifs possibles, en termes de bilan carbone et d’isolation, mais également pour la vie quotidienne des habitants, avec des jardins partagés, des terrasses, balcons et loggias dès que c’est possible. Dans une récente interview, Paul Jarquin disait que nous sommes déjà le constructeur post-covid. Le simple fait de vivre dans un logement en bois crée de la qualité, c’est le retour d’expérience de tous nos résidents. Des études montrent que vivre dans un logement en bois a de réels bienfaits pour la santé (réduction du stress, du rythme cardiaque, sommeil de meilleure qualité…). Pour ce qui est des prix de sortie, le bois a un surcoût, c’est inévitable. Mais une chose est sûre, ce n’est pas l’acheteur final qui en paie le surcoût. Pour nous, c’est en faisant du volume, en massifiant la construction bois et en assurant un volume de commandes sécurisés aux industriels du bois que les coûts vont finalement baisser. C’est ce qui nous permettra d’aller dans tous les territoires.

« Avec la crise du COVID, la demande de logement évolue, avec l’émergence d’une recherche d’espaces plus adaptés à la nécessité du télétravail, mais aussi d’espaces extérieurs et partagés qui favorisent les échanges sociaux : jardins communs, pièce en plus, activités communes. Un changement de culture est en train de se produire et REI Habitat est prêt pour l’accompagner ; cette culture est la sienne depuis toujours. »

Caroline Delgado-Rodoz, Directrice Générale de REI Habitat

Pour finir, vous vous décrivez également comme « opérateur de tiers-lieux solidaires », en quoi cela-consiste-t-il ?

Ce travail a commencé à Montreuil, quand nous avons livré le projet de l’Anthracite. Le rez-de-chaussée du bâtiment donnait sur la place de la République, qui est une place importante du quartier. Nous avons gardé en propriété le local, et nous avons monté un projet de restaurant solidaire et associatif qui s’appelait Rêv Café, en partenariat avec Yes We Camp et les architectes de l’Atelier Quatorze. Nous avons la volonté de perpétuer ce type de démarches, en mobilisant notre écosystème d’acteurs qui nous est cher, issu du monde de l’économie sociale et solidaire, et de l’urbanisme transitoire etc. En règle générale, dans les projets que l’on montera, nous n’irons jamais seuls. L’idée est de fédérer des acteurs locaux dès que possible, car ce que nous cherchons à avoir, c’est un impact positif sur le quartier et la ville dans lequel s’insèrent nos projets. Avec cette expérimentation, nous avons été très enthousiastes mais c’était temporaire. Même si nous expérimentons encore, notamment sur la stabilité des modèles économiques, nous apprenons en marchant et souhaitons nous développer davantage sur ce segment !  

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